Série KO · Partie 2
Le KO au foie : pourquoi un coup au corps fait-il tomber ?
À l'UFC Paris, Dan Hooker a vu venir le middle de Salahdine Parnasse, l'a encaissé, puis s'est retrouvé quelques secondes plus tard incapable de se défendre, sans jamais perdre connaissance. Ce n'est pas le cerveau qui lâche lors d'un coup au corps : la douleur viscérale et les réponses automatiques qu'elle déclenche suffisent à mettre un combattant hors combat. Deuxième volet de la série KO.
Ce qu'il faut en retenir
Le coup au corps n'assomme pas, il rend inapte quelques secondes.
Le foie fait tomber par une douleur d'enveloppe, lente à monter, qui déclenche un réflexe capable de faire chuter la tension chez un combattant parfaitement conscient.
Le corps s'en remet en quelques minutes, là où le cerveau met des jours.
Parnasse contre Hooker à l'UFC Paris
Le samedi 5 septembre 2026 se déroulait la cinquième édition de l'UFC Paris. À cette occasion, Salahdine Parnasse, double champion du KSW, passé par la promotion MVP pour un combat diffusé sur Netflix, faisait ses débuts dans l'organisation reine du MMA. Il affrontait pour cela le très expérimenté Dan Hooker (36 ans, 24 victoires pour 14 défaites, à l'UFC depuis 2014) dans un Main Event qui allait répondre à beaucoup de questions : le prodige français allait-il confirmer qu'il a sa place parmi les plus grands ?
Chose faite. Salahdine, devant le public chaud bouillant de l'Accor Arena de Paris, après un co-Main Event conclu par un énorme KO d'Axel Sola sur Farès Ziam (le mécanisme de ce KO-là est décrit dans la Partie 1 de cette série), a littéralement détruit Dan Hooker, le faisant presque passer pour un débutant tant la différence de niveau en striking a semblé importante.
Après un début de combat à prendre tranquillement ses distances et à trouver son rythme, l'Albertivillarien a accéléré et placé un middle monstrueux dans le foie du Néo-Zélandais. Hooker, plié en deux, a reculé vers la cage et s'est fait enchaîner par Parnasse jusqu'à l'arrêt de l'arbitre.
Pourtant, Hooker n'a pas perdu connaissance : il a vu le coup arriver, l'a encaissé, puis s'est retrouvé quelques secondes après incapable de se défendre. La Partie 1 de notre série sur le KO a décrit l'autre mise hors combat, celle où le cerveau se déforme sous l'effet des forces de cisaillement, au point d'induire une perte de conscience. Que se passe-t-il de différent lors d'un coup au corps ?
Réponse courte : la douleur viscérale et les réponses automatiques qu'elle déclenche suffisent à mettre un combattant hors combat.
« KO » est un mot du règlement, pas un diagnostic
Dans les règles unifiées du MMA [1], l'arbitre arrête le combat quand un combattant « ne peut plus se défendre intelligemment ». Le mot « inconscience » n'apparaît nulle part. En boxe, c'est le compte de dix qui fait le KO, quelle que soit la zone touchée. Un KO au foie et un KO sur crochet au menton entrent donc dans la même case du règlement, alors qu'ils n'ont rien à voir pour le corps : dans le premier cas, le combattant est conscient, entend l'arbitre et se souvient de tout ; dans le second, son cerveau a cessé quelques secondes de fonctionner normalement.
La carte des cibles
On peut repérer plusieurs cibles au niveau du tronc. Nous allons ici nous contenter d'en décrire quatre, qui, touchées, induisent des phénomènes et des ressentis différents.

Le foie, à droite du combattant, sous les côtes. C'est le plus gros organe plein de l'abdomen, protégé par le gril costal sauf sur une bande étroite au rebord des côtes et juste en dessous. C'est là que passe un crochet remontant ou un middle.
La rate, à gauche, plus petite et plus haute, sous les côtes 9 à 11. Elle est plus fragile que le foie et saigne facilement : c'est l'organe abdominal le plus souvent blessé dans le sport [2].
L'épigastre, le creux sous le sternum, la zone dite du « plexus solaire ». C'est le coup du souffle coupé.
Les côtes flottantes et les basses côtes. Là, on touche un os et un muscle, pas un organe : douleur immédiate, précise, aggravée à chaque respiration, mais sans le malaise du coup au foie.
Le foie : une douleur qui ne vient pas du foie
Le foie lui-même ne sent presque rien. Ses nerfs surveillent la pression et la composition du sang qui le traverse, pas la douleur. Ce qui fait mal, c'est son enveloppe, la capsule de Glisson, et le péritoine qui la recouvre, tous deux riches en terminaisons douloureuses.
La preuve vient du bloc opératoire : cautériser cette capsule pendant une ablation de la vésicule augmente la douleur mesurée à 2 et 24 heures [3]. Un coup au foie, c'est d'abord une brusque mise en tension de cette enveloppe.
Or la douleur qui vient d'un organe, dite viscérale, n'a rien à voir avec celle d'un coup sur le bras, dite somatique. Elle est diffuse, difficile à localiser, perçue de façon plus floue dans l'espace et dans le temps, et elle s'accompagne d'un cortège que la douleur somatique ne déclenche pas : pâleur, sueurs, nausée, à-coups de fréquence cardiaque et de tension [4].
Pourquoi on tombe quelques secondes après
Un détail frappe sur la vidéo : Hooker encaisse, fait un pas, puis se plie. Ce délai n'est pas de la comédie.
La douleur emprunte deux types de fibres nerveuses. Les fibres rapides, gainées de myéline, conduisent à 5 à 30 mètres par seconde et donnent la douleur vive et immédiate, celle du coup sur les côtes. Les fibres lentes, sans gaine, conduisent à moins de 1,5 mètre par seconde et donnent la douleur sourde et profonde qui monte et s'installe [5]. Les organes sont presque exclusivement innervés par des fibres fines et lentes [4]. Il faut donc un temps pour que la douleur atteigne son pic.

Puis viennent les réponses automatiques. Le système nerveux autonome, celui qui règle sans nous le cœur, la tension et la respiration, réagit à la douleur viscérale par un réflexe dit vagal : le cœur ralentit, les vaisseaux se relâchent, la tension chute, les jambes se dérobent.
Deux faits solides soutiennent ce scénario. La douleur figure parmi les déclencheurs reconnus de la syncope réflexe, cet évanouissement bénin des gens qui tournent de l'œil à une prise de sang [6]. Et au bloc opératoire, manipuler le foie ou les viscères voisins provoque un ralentissement du cœur et une chute de tension par cette même voie [7].
En revanche, personne n'a jamais posé un électrocardiogramme ou un brassard à tension sur un combattant qui vient de prendre un coup au foie. Aucune donnée de fréquence cardiaque, de tension artérielle ou d'électrocardiogramme n'a été publiée dans cette situation. La chaîne impact, douleur, réflexe, effondrement est reconstruite et supposée à partir de trois littératures différentes, jamais vérifiée d'un bloc. Le délai de quelques secondes attribué aux fibres lentes est lui aussi une interprétation, tirée de leur vitesse de conduction, pas une mesure sur des combattants. Une revue récente rappelle d'ailleurs que ces réflexes suivent toutes sortes de traumatismes, sans que le ventre soit démontré plus sensible qu'un membre [8].
Le plexus solaire n'est pas là où on croit
Le plexus solaire, également appelé plexus cœliaque, est un réseau de nerfs autonomes qui entoure l'artère aorte. Il est plaqué contre la colonne vertébrale, derrière l'estomac et le pancréas. Pour l'atteindre avec une aiguille, le radiologue pique dans le dos, à 6 à 8 centimètres de la colonne [9], et le gastro-entérologue traverse la paroi arrière de l'estomac avec un endoscope [10]. Entre un coup de poing et ce plexus, il y a la paroi du ventre, une partie du foie gauche, l'estomac, le pancréas et les gros vaisseaux. Un coup à l'épigastre écrase tout cet étage, il ne « touche » pas un nerf ni le plexus cœliaque directement.

Qu'en est-il du souffle coupé ? On entend souvent que l'on peut avoir un « spasme du diaphragme ». Cependant, aucune étude n'a jamais mesuré son activité après un coup au ventre : les descriptions disponibles viennent de manuels de médecine du sport. On sait simplement que les signaux venus des organes contenus dans l'abdomen suite à un coup peuvent perturber la commande de la respiration. Une inhibition passagère est donc possible, mais pas un diaphragme qui se « paralyse » après un coup.
Le commotio cordis : seul cas d'arrêt cardiaque après un coup au corps
C'est le seul mécanisme d'effondrement après un coup au corps pour lequel on retrouve (à notre connaissance) de la littérature scientifique. On l'appelle le commotio cordis.
C'est un arrêt cardiaque déclenché par un impact au niveau du cœur, qui survient dans un court intervalle de 10 à 20 millisecondes du cycle cardiaque [11], [12]. Ce phénomène reste extrêmement rare, avec 64 cas recensés aux États-Unis de 1982 à 2023, majoritairement au baseball, à la crosse et au football américain [13].
Le foie « n'explose » pas, mais il faut savoir regarder
La douleur qui fait tomber après un coup au foie n'est pas une blessure.
Les blessures par coups au corps (au niveau du tronc) représentent 1,6 % des blessures recensées en MMA [14], et la littérature médicale ne compte que peu de blessures : une déchirure du foie après un cours de karaté [15] et une thrombose de la veine porte après un coup en jiu-jitsu brésilien [16].
Une réserve tout de même : une déchirure du foie de grade III chez une volleyeuse a d'abord été prise pour un « spasme du plexus solaire », avec des constantes normales à l'arrivée, et le diagnostic n'est tombé qu'au scanner, deux heures et demie plus tard [17].
Une douleur abdominale qui ne passe pas après un coup, surtout avec pâleur, malaise ou douleur à l'épaule, mérite un examen. La rate, plus fragile, impose la même prudence à gauche.
Récupérer d'un coup au corps, récupérer d'un KO à la tête
Après un coup au foie, la douleur reflue en quelques minutes, la tension remonte, et il ne reste rien : pas de lésion, pas de cerveau à réparer. Sauf blessure, le combattant peut reprendre l'entraînement dans les jours qui suivent. L'Association des médecins de ring l'explique : un KO peut survenir après des coups à la tête ou au corps, et dans le second cas, il n'est « très probablement pas associé à une commotion » [18].

Pour le KO après un coup à la tête, c'est plus long, et cela a fait l'objet d'un article dédié. Pour rappel, c'est la rotation rapide de la tête qui induit une série de conséquences menant à la perte de conscience.
Les symptômes disparaissent généralement en une semaine, mais l'Association des médecins de ring recommande au moins 30 jours sans compétition ni sparring après un TKO, 60 jours après un KO sans perte de connaissance, 90 jours après un KO avec perte de connaissance [18].
Et pour Hooker ? Pour le moment, aucune information officielle sur une éventuelle suspension médicale.
Clause de révision
Cet article reflète l'état de la littérature consultée en septembre 2026. Si des données nouvelles modifient l'analyse, l'article sera mis à jour et la version précédente archivée. Toute correction factuelle signalée par un lecteur sera examinée et, le cas échéant, intégrée avec mention de la source.
Références
- Association of Boxing Commissions and Combative Sports. Unified Rules of Mixed Martial Arts (version du 6 août 2025). Disponible sur : abcboxing.com.
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- Basak F, Hasbahceci M, Sisik A, Acar A, Ozel Y, Canbak T, et al. Glisson's capsule cauterisation is associated with increased postoperative pain after laparoscopic cholecystectomy: a prospective case-control study. Ann R Coll Surg Engl. 2017;99(6):485-489. DOI : 10.1308/rcsann.2017.0068
- Sikandar S, Dickenson AH. Visceral pain: the ins and outs, the ups and downs. Curr Opin Support Palliat Care. 2012;6(1):17-26. DOI : 10.1097/SPC.0b013e32834f6ec9
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